FilmDeCulte - Pour en venir à votre travail, il y a une structure bien
définie dans tous vos making of. Mais n'y a-t-il pas des gens qui vous le reprochent?
Laurent Bouzereau – Si, mais je m'en moque. L'important, c'est que je sois
toujours satisfait du résultat et bien sûr que le metteur en scène soit aussi satisfait. Je ne suis pas quelqu'un
de très stylisé mais plutôt quelqu'un de très structuré. J'aime bien trouver une façon de raconter les choses et
de suivre toujours la même méthode. Je suis très organisé en fait. Mais c'est vrai que beaucoup de gens me le
reprochent, mais ce ne sont jamais les réalisateurs, jamais le studio et ce ne sont jamais les gens qui financent.
Donc, je respecte ce que pensent les autres, mais ça ne m'intéresse pas vraiment puisque je n'ai pas l'intention
de changer sauf si un réalisateur me le demande.
FilmDeCulte - En parlant de ces réalisateurs, y en a-t-il encore avec qui
vous souhaiteriez travailler?
Laurent Bouzereau – Il y a certains réalisateurs avec qui j'ai essayé de
travailler pendant des années et finalement ça commence à marcher. Comme Polanski, qui est l'un de mes deux ou
trois réalisateurs préférés. Je l'avais rencontré il y a quelques années et c'est quelqu'un avec qui j'avais fait
quelques trucs et avec qui je dois refaire d'autres choses. C'est vraiment une personne avec laquelle j'ai toujours
rêvé de travailler. Mais je dois dire que j'ai réalisé un petit peu tous mes rêves. C'est un petit peu malheureux
à dire, mais vraiment tous les gens avec qui je travaille en ce moment, que ce soit De Palma, Steven (ndlr:
Spielberg), Larry Kasdan - je travaille beaucoup avec lui - Shyamalan, ce sont vraiment mes réalisateurs
préférés. Ce sont eux qui m'ont inspiré. Donc tant qu'ils veulent bien de moi, je reste avec eux.
FilmDeCulte - Il y a certainement aussi le fait que vous ayez toujours été
attiré par la culture américaine?
Laurent Bouzereau – Oui, je n'ai pas une culture cinéma européenne, bien que
je le regrette. Mais maintenant que j'ai une certaine expérience, un certain acquis, je me bats toujours mais c'est
beaucoup moins dur, j'ai comme un petit peu un retour aux sources. J'essaie de revoir des vieux films italiens. Je
me rappelle quand j'étais adolescent, je me disputais avec tous mes amis car je préférais aller voir la "merde"
américaine plutôt que le bon film français. Je me souviens d'ailleurs d'un exemple bien particulier. Il était joué
dans une salle Providence de Alain Resnais, et dans l'autre salle ils jouaient De l'autre côté de
minuit, qui est un film tout ce qu'il y a de plus kitsch. Et je me suis disputé parce que je refusais d'aller
voir le film de Resnais et que je préférais aller voir le premier film américain de Marie-France Pisier, qui était
un film à l'eau de rose. Mais ce sont eux qui ont gagné et j'ai donc dû voir Providence et je ne l'ai pas
regretté. J'aime beaucoup le cinéma hyper-commercial, l'entertainment, mais je suis capable d'apprécier un
film comme De l'autre côté de minuit, contrairement à beaucoup de gens. Et c'était pareil quand j'étais en
France. J'allais voir le nouveau Zidi avant d'aller voir le dernier Pialat par exemple.
FilmDeCulte - Et vous orienter vers la réalisation de votre propre film,
est-ce une chose qui vous intéresserait?
Laurent Bouzereau – Non, non. Disons que... je ne peux pas dire que la
réalisation de making of me forme à devenir réalisateur de film. Ce sont deux choses totalement différentes,
et heureusement d'ailleurs. Il y a beaucoup de gens qui font l'erreur de croire que... Ça n'est pas parce que
je fais de bons making of que je peux faire un bon film. Ça n'a strictement rien à voir. Ceci dit je suis
quelqu'un qui aime les histoires, j'aime raconter des histoires, j'aime raconter l'histoire d'un film. Donc
si je tombais amoureux d'un roman - je lis énormément de romans anglais, je lis énormément de scénarios qu'on
m'envoie - je pense que j'essaierais de raconter cette histoire. Mais il faudrait vraiment que j'ai un coup
de foudre parce que pour faire un film qui réussisse, il faut y mettre autant d'énergie que pour un film qui
ne réussit pas... et des films qui ne réussissent pas, il y en a beaucoup plus que des films qui réussissent.
C'est un risque énorme et c'est votre vie en suspend pendant au moins deux ans voire plus. Donc il faut vraiment
vouloir faire ce sacrifice. Et tout autant que le monde du making of devient une industrie, le monde du cinéma
est une industrie à part entière. Donc oui, il faut faire des bons films, il faut essayer d'avoir de l'intégrité,
il faut raconter des histoires, il faut être intello, il faut être auteur. Mais à la fin du compte, il faut aussi
faire du fric. Donc ce sont des décisions, des sacrifices et des compromis qu'il faut être prêt à faire. Et j'ai
tellement peiné pour arriver où j'en suis, que je ne suis pas prêt à faire d'autres sacrifices.
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