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Entretien avec Laurent Cantet et Aurélien Recoing
à propos de L'Emploi du temps (2001)


Attention : cet entretien contient des révélations importantes sur la fin du film. Ne pas lire sans avoir vu le film.


FilmDeCulte: Dans quelle mesure L'emploi du temps est inspiré de l'affaire Jean-Claude Romand? Pouvez-vous nous en rappeler les faits?

Laurent Cantet: Jean-Claude Romand a arrêté ses études lors de sa deuxième année de médecine et l'a caché à son entourage. Il s'est inventé ensuite pendant près de 18 ans une fonction de chercheur à l'OMS. Au moment où son mensonge a été découvert, il a tué toute sa famille.
C'est un modèle assez incroyable de création d'une fiction du travail, dont j'ai pioché quelques éléments, comme les arnaques financières sur les proches. Mais à peu près tout le reste du film est à l'opposé de cette histoire: le mensonge ne sert pas de protection, le personnage n'est pas un psychopathe.


FDC: La fin du film est moins tragique que l'affaire Romand...

LC: Oui mais elle est tragique quand même. Le mensonge correspond à une logique du meurtre et du suicide. La tension est terrible à la fin du film lors du retour à la maison. La tragédie se situe dans le renoncement du personnage qui est presque un suicide. Il cède ainsi à l'autorité du père et le rêve de liberté se heurte à un amour réel qu'il a pour sa famille. Dans sa quête de liberté la solitude est trop douloureuse, il accepte ainsi de revenir à une situation normale mais sans bonheur.


FDC: L'histoire n'est-elle pas avant tout celle d'un homme désirant s'affranchir de son environnement familial qu'il juge pesant?

LC: La dualité du personnage m'intéressait. Il veut se sauver mais ne veut pas remettre en cause son équilibre affectif. Il a envie de confort mais aussi de précarité nomade.

Aurélien Recoing: Vincent ressent la puissance d'être cette goutte d'eau dans l'océan. De cette solitude surgissent des petits bonheurs: rattraper un train, manger du chocolat, écouter de la musique. Il peut se perdre dans le vaste monde et ainsi se voir être ramené à soi. Il a la capacité à se fondre en tout, à la fois impliqué et exclu, et prend du plaisir à créer sa propre vie.


FDC: Dans ce contexte, quelle est la valeur de la relation amoureuse entre Vincent et sa femme?

LC: Elle est le prix à payer pour ne pas perdre Muriel, elle matérialise la contrainte nécessaire de la vie avec les autres.


FDC: Comment avez-vous abordé les scènes où le mur du mensonge s'effrite?

AR: Il y a un aller-retour constant entre le regard des autres qui l'observent et celui qu'il porte sur lui-même. D'où une certaine sensation de vertige, avec les illusions de Vincent qui s'effondrent les unes après les autres. Il est rattrapé par le mensonge pour la première fois lorsqu'il rend visite à son ami Nono, dans sa famille, et que celui-ci lui place sans le vouloir son mensonge sous le nez.


FDC: Ressources Humaines était un film d'avantage linéaire, L'Emploi du Temps a une narration plus fragmentée. S'agit-il d'une variation sur un même thème?

LC: Non, c'est l'histoire que j'ai voulu raconter qui a imposé la forme. Je n'ai pas le sentiment d'avoir un style particulier et de le perdre de film en film. L'idée était de construire autour de scènes de vie banales, prévisibles. J'ai voulu suivre le personnage dans sa dérive en adoptant le regard subjectif du personnage dont le film est la projection à l'écran.
Je ne pense pas être un cinéaste du monde du travail, mais c'est un univers qui m'a intéressé au moins sur ces deux films. Il est difficile d'envisager une personne sans son univers quotidien qui est le plus souvent le monde du travail.


FDC: Le rapport avec Ressources Humaines est quand même net au niveau de la dépendance avec les origines sociales?

LC: Le lien entre les deux films est flagrant à ce niveau là. L'aliénation des personnages est aussi comparable: par la machine pour le père dans Ressources Humaines, de manière plus douce mais insidieuse pour Vincent dans L'emploi du temps. Le vide des journées passées au travail existe quels que soient les milieux sociaux.


FDC: Qui est Serge Livrozet et qu'est-ce qui a motivé son choix pour le rôle de Jean-Michel?

LC: Je l'ai découvert dans un talk-show sur les faussaires. Je l'ai par la suite rencontré. Je lui ai raconté le scénario, Serge m'a raconté sa vie. Il s'est alors imposé pour le film de manière flagrante. Serge milite pour l'amélioration des conditions carcérales. Il a lui-même fait de la prison, mais déjà sa délinquance était articulée de manière militante, puisqu'il s'en prenait surtout aux biens de l'Etat.


FDC: Le personnage de Jean-Michel sert-il de révélateur à Vincent?

LC: Au début il est la bouée de secours à laquelle Vincent va se confier. Son modèle de vie est axé sur la solitude, qui semble attirer Vincent au départ. Mais ce ne sera pas le cas et cette rencontre agira ainsi comme un révélateur. Vincent regrette de ne pas avoir une vie comme son ami Nono, qui échappe aux contraintes du monde professionnel. Mais il a besoin de reconnaissance en même temps qu'il souhaite garder son confort et sa vie de famille.


FDC: Peut-on faire un rapprochement entre les activités de Vincent dans le film et le métier de cinéaste?

LC: C'est vrai qu'il y a un lien, avec une absence de distinction entre le travail et le non-travail dans les deux cas. Ce travail de cinéaste me permet aussi d'échapper à d'autres métiers. J'aurais été très malheureux en entreprise.


FDC: Les espaces géographiques que vous utilisez dans le film, les salles d'attente, les couloirs, les parkings, les aires d'autoroute, les halls d'hôtel...sont des lieux qui placent sans arrêt Vincent en situation de travail. Comment les avez-vous travaillés?

AR: On y est confronté dans la vie de tous les jours. En y vivant je les ai étudiés à fond.

LC: Il n'y a pas une station-service entre Paris et Grenoble que je ne puisse vous décrire à fond. On a passé une semaine sans sortir de l'autoroute au début du tournage. Cet espace peut très bien être l'espace de vie de milliers de personnes. On y ressent comme une perte de repères, spatial et temporel, comme un flottement qui correspond à l'atmosphère qu'on a voulu donner au film.


FDC: Le personnage de Vincent est-il un héros?

LC: Oui, dans le sens où des personnes en difficulté à leur travail peuvent être facilement touchées par ce personnage.

AR: Il s'agit d'un antihéros moderne auquel on peut aisément s'identifier. C'est un personnage dense, avec de multiples facettes dans lesquelles les gens peuvent se retrouver. Le travail avec Laurent (Cantet) a beaucoup tourné autour du texte pour en faire sortir l'émotion.

LC: Vincent est héroïque au niveau de son radicalisme: il ose tout pour changer de vie.


Propos reccueillis par Sébastien



FILMOGRAPHIE :

Longs-métrages
L'Emploi du temps (2001)
Ressources humaines (1999)

Courts-métrages
Tous à la manif (1993)
Jeux de Plage (1995)

Télévision
Les sanguinaires (1997)



 
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