De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Michael Cimino







CLOVIS CORNILLAC : UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES


Il est l’acteur français le plus en vue du moment. Chacun de ses rôles est toujours un régal pour le spectateur et le choix de ses films n’en est que plus intéressant. Cette semaine, c’est dans le nouveau film de Jean-Pierre Jeunet qu’il nous revient, en Poilu à l’âme secrète et aux sentiments très intériorisés. L’occasion pour FilmDeCulte de faire la promotion du film et de faire le point sur cet immense acteur qui joue et donne toujours avec autant de plaisir.




FilmDeCulte - Qu’est-ce qui vous a, à la base, attiré le plus dans le projet et ce qui vous a le plus touché dans le personnage que vous incarnez?



Attention, cette réponse dévoile certains éléments importants de l'intrigue.

Clovis Cornillac - Le problème de ce personnage-là est qu’on ne peut pas trop en révéler quand on n’a pas encore vu le film car il est un peu une clé de voûte. Mais ce que je trouve bien dans le film, c’est qu’il y a la dimension d’un film d’amour, il y a la dimension d’un film épique en plus d’une enquête policière. Et le personnage de Benoît Notre-Dame est un peu trop essentiel pour en faire la promotion dans des conditions classiques. Par contre, pour ce qui m’a attiré sur le projet, les raisons sont multiples. La première étant qu’avec Jean-Pierre (Jeunet), cela fait des années que l’on a envie de travailler ensemble. Ensuite, le scénario était extrêmement bien écrit. Il y aussi le fait de savoir que le film avait les moyens de ses ambitions, comme ici avec les tranchées et les reconstitutions de la guerre de 14-18, ce qui est assez rare finalement. Donc le fait de traverser ces sept semaines dans les tranchées a été une aventure intime par rapport à notre propre histoire. Et j’ai pu faire un travail sur l’imaginaire avec un support assez puissant grâce à ce qui m’entourait, comme ici avec les explosions, la boue, les morts, même si le soir on rentrait à l’hôtel. Avec l’imagination, on se dit très vite que les gars ont vécu l’enfer. Donc traverser cette aventure-là faisait partie du désir. Il m’est arrivé assez souvent de faire des films qui se passaient pendant la Seconde Guerre Mondiale et aucun sur la Première donc j’étais assez content. Comme j’aimerais faire un film sur la guerre d’Algérie, car c’est un sujet - pas qu’on n’ait pas encore eu vraiment de films intéressants - où j’ai l’impression que c’est un thème qui parle de nos sociétés. Ou en tout cas qui me semble proche de nos sociétés. Maintenant, pour Un long dimanche de fiançailles, je pourrais vous dire que mon personnage est emblématique par rapport à la guerre et aux gens qui ont une attitude héroïque. Car cette attitude est discutable parce que liée à une volonté de sauver sa peau avant tout. Mais en sauvant sa peau, il sauve aussi celle de quelqu’un d’autre. Et je pense que dans des moments très délicats de l’existence, il y a des gens qui ont cette espèce de fil, qui s’obstinent et se rattachent à quelque chose qui leur permet de dire: "Je vais m’en sortir. Peu importe les moyens, je vais m’en sortir". Et j’ai voué une identification forte face à cela. Comme tout le monde, je me suis retrouvé face à des situations difficiles dans ma vie où tout à coup tu te dis: "Pas maintenant. Ça ne sera pas maintenant!". J’ai un regard et une idée sur l’héroïsme, tel qu’il est raconté dans l’histoire ou à l’école ou même dans les journaux télévisés, où j’ai tendance à penser que les vrais héros sont les lâches. Alors ça peut paraître un peu étrange, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que si tous les hommes assumaient leur lâcheté et si l’histoire et si les présidents revendiquaient la lâcheté, les gens auraient du mal à faire la guerre. Parce que s’ils courraient tous dans le sens inverse, ils auraient du mal à se tirer dessus. Donc j’ai une profonde sympathie et une sorte d’excitation philosophique à me dire que les héros ne sont pas ceux qui ont massacré des gens. Et arrêtons de dire que cela est noble parce que la cause était noble. J’aimerais vraiment qu’on parle autrement de l’héroïsme. Et je trouve que ce personnage s’en approche de temps en temps. Alors effectivement il va tuer, comme au début où il tue cet officier français. Et même si c’est très court dans le film, à la lecture du scénario, c’est probablement ce qui m’excité le plus sur ce personnage. C’est-à-dire que c’est un type qui ne parle pas. Même s'il parlait un peu plus avant, j’ai dit à Jean-Pierre: "Enlevons toutes les phrases jusqu'à la fin où il révèle tout". Et je ne voulais pas qu’il parle, parce que j’avais le sentiment que c’était un personnage qui avait une profonde idée de la justice mais qui avait du mal à l’exprimer car c’est un paysan, c’est un type qui n’est pas forcément éduqué, mais qui a une idée certaine de la justice. Et de voir un officier taper sur des morts pour leur dire de se lever et d’aller combattre, tout d’un coup, cet homme-là dit: "Tu dois mourir". Alors je ne suis pas pour l’assassinat comme je viens de le dire, mais je trouvais que cela jetait un trouble sur l’idée qu’on pouvait se faire du personnage. De plus ce type-là, c'est celui qui va s'en sortir et qui va sauver l'amoureux. Donc je me suis dit que ce personnage me plaisait vraiment grâce à cette ambiguïté et ce paradoxe. Et de se dire que pour sauver sa peau il ne produit aucun acte héroïque. Il sauve sa peau et c’est déjà beaucoup. Il y a dans cette idée quelque chose qui me touche beaucoup.


FilmDeCulte - Vous connaissiez Jean-Pierre Jeunet mais aussi son travail. Comment votre regard s’est-il affûté à son sujet en travaillant sur ce film?

Clovis Cornillac - Très sincèrement, je n’ai eu aucune surprise. Effectivement, nous nous connaissions depuis longtemps avec Jean-Pierre puisque j’étais déjà pressenti pour Delicatessen et sur pratiquement tous ses autres films. Avec Un long dimanche de fiançailles, on a enfin réussi à se réunir. Donc je n’ai eu aucune surprise quant à l’acharnement qu’il a sur le travail et la précision puisque je le connaissais assez bien finalement. Pour donner un exemple, j’adore le support DVD. Mais je ne regarde jamais les bonus. Or je sais que les DVD se vendent beaucoup car les gens regardent les bonus. Mais il faut bien savoir qu’un bonus c’est un mensonge. C’est-à-dire que c’est encore un film dans un film. Avant, quand tu tournais un film, tu n’étais jamais filmé entre les prises. Maintenant si. Alors à partir du moment où tu es filmé, tu n’apparais plus normalement. Le public a l’impression de s’approprier les choses en se disant que c’est comme cela que ça se passe sur un tournage. Mais franchement non. Parce que même quand il m’arrive de regarder ces bonus DVD, ça ne rend que très peu l’ambiance d’un tournage. Ce n’est pas vrai. Ce n’est qu’une vision. Les gens du making of doivent avoir quelques 160 heures de rushes pour faire un bonus de 20 minutes sur le tournage. Alors il faut bien s’imaginer que c’est un leurre. Et que même nous, les acteurs, on a notre mot à dire quant à la présence de certaines images sur ces bonus. Par exemple, je n’aime pas trop être filmé en making of à des moments où je parle avec le réalisateur d’une scène ou sur des indications de jeu. Parce que quand on sait qu’on est filmé pour ces bonus, on se retrouve de nouveau à jouer. Et une fois monté et sorti du contexte cela peut paraître complètement différent. Et pour revenir à Jean-Pierre, je m’attendais tout à fait à ce qu’il soit ainsi. Et je suis heureux parce qu’on s’aimait beaucoup et que maintenant on s’aime encore plus. Ce qui est finalement bon signe.


FilmDeCulte - Est-ce que pour nourrir votre interprétation de ce Poilu, vous vous êtes inspiré d’œuvres en particulier ou de rôles déjà existants, et comment avez-vous appréhendé ce rôle?

Clovis Cornillac - Je ne fonctionne pas du tout à la référence. Je ne suis pas un besogneux dans le sens où je n’ai pas de référence quand je travaille sur un rôle. Je suis influencé par un milliard de choses que j’appelle les strates. Je fonctionne par couches d’imagination, par couches d’imaginaires. Par exemple, j’ai accepté des films pour l’année prochaine et j’y travaille déjà. J’y travaille à mon insu et à des moments où il se passe quelque chose que je "choppe". Cela se fait par des déclics et des éléments qui s’empilent dans ma tête. Mais je n’ai aucune annotation, je n’ai rien d’écrit sur mon scénario, je ne me donne pas d’indications avant. Tout se met en place, doucement et tranquillement, comme une sorte de croûte terrestre. C’est-à-dire qu’il y a des couches que tu ne vois jamais et tout d’un coup, celle du dessus, qui est celle qui est la plus utilisée, découle de toute cette accumulation antérieure qui l’a construite. Et là je me dis que tout mon travail c’est tout ce qui ne se voit pas. Mais je n’ai pas de technique particulière. Il y a bien sûr une technique de "plateau", qui aide à être libre et qui vient de l’expérience. Car cette expérience aide à apprendre ce que sont des cadres, des lumières, des marques au sol, etc., pour ne plus se laisser déborder par autre chose que par le jeu. Pour ce rôle de Poilu, je l’ai appréhendé de manière totalement libre. Même si Jean-Pierre nous avait donné un journal de bord qui s’appelle "Les Carnets du Capitaine Barthas", qui est le seul document réel de cette guerre. Alors évidemment, dans le contexte, ce n’est pas forcément très bien écrit, mais on prend quand même tout dans "la poire". Par exemple, au début du bouquin, on voit bien que c’est monstrueux, que c’est atroce, et puis au fur et à mesure, on s’habitue. Comme lui. Et on est en colère de s’habituer, comme lui. Maintenant, un Poilu, c’est moi. C’est moi en 1910, moi en 1914, moi en 1916. Un Poilu, c’est avant tout un homme qu’on a envoyé là-bas. Alors évidemment je n’ai rien à voir avec Benoît Notre-Dame, je ne suis pas paysan, je ne suis pas tout ça. Mais c’est mon travail d’acteur. Être un Poilu c’est, sur des films, la même chose que d’être un flic ou un pilote de chasse. Ça ne reste que des hommes avant tout. Donc je me projette à jouer quelqu’un à tel ou tel moment, accompagné de détails bien évidemment, mais ce n’est pas plus compliqué qu’un autre rôle.


Lire la suite


- 1/3 -

 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS