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FABRICE DU WELZ
Fabrice Du Welz est un habitué du festival Fantastic'arts de
Gérardmer, puisque son court métrage Quand on est amoureux, c'est merveilleux... a remporté
le grand prix en 2001. Après des études de cinéma en Belgique, et des collaborations ponctuelles
avec Canal Plus, Calvaire est son premier long métrage
FilmDeCulte - Que s'est-il
passé entre le tournage de votre court métrage, en 1999, et celui de Calvaire? Comment
s'est passé votre passage au long métrage? Peut-on parler de galère?
Fabrice Du Welz - Ça a été
très long, un vrai chemin de croix, car mon projet était atypique, inquiétant. Le court métrage
n'a pas rassuré. Mais le film existe aujourd'hui, et je me raccroche à l'idée que les cinéastes
que j'admire ont mis 5-6 ans aussi à faire leur premier long. Ce n'est jamais simple dès qu'on
veut faire un premier film, car il y a tellement de monde qui nourrit cet objectif.
FilmDeCulte - Vous avez travaillé
pour Canal Plus pendant cette période, qu'y avez-vous fait? Ça vous a été utile pour faire votre
film?
Fabrice Du Welz - Absolument pas.
Je ne suis pas Michel Muller, ni Ariel Wizman, ça ne m'a pas aidé. J'ai bossé pour Canal Plus Belgique,
réalisé des sketches pour Nulle Part Ailleurs. J'ai appris beaucoup de choses, je me suis bien
amusé, mais je n'ai plus rien à voir avec Canal, qui n'a pas pris le film.
FilmDeCulte - Quelle est la limite
entre le fait divers, et à quel moment on tombe dans le fantastique?
Fabrice Du Welz - Je ne sais pas
vraiment. En fait, ça ne m'intéresse pas de savoir s'il s'agit d'un fait divers ou d'un film fantastique.
J'avais un cadre très précis, je voulais faire un film d'horreur survival qui aurait pu être traité comme
un fait divers ou carrément comme un film fantastique tel qu'on a l'habitude d'en voir. Mais je ne me suis
pas vraiment posé la question: j'ai fait le film que j'avais envie de faire, de la manière la plus physique
et plus viscérale possible. Pour ce genre de film, on ne peut pas faire les choses à moitié, j'avais un
cadre avec des stéréotypes, des clichés. C'est vieux comme le monde le type qui se perd dans la forêt et
arrive chez un aubergiste. En même temps, ces stéréotypes, je voulais les déplacer, expérimenter des choses.
Le public généralement s'identifie à un personnage et le suit. Là il ne peut s'identifier à personne.
FilmDeCulte - Le personnage semble
abdiquer face à ses tortionnaires, il perd l'usage même de la parole.
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Fabrice Du Welz - Je pense qu'il est
envisageable qu'un personnage, submergé par l'horreur pure, devienne résigné. Mais ce n'est pas un survival
classique, ce n'est pas Misery, où l'on s'identifie au personnage de James Caan, où l'on se demande
comment il va s'en sortir. Ici, je ne voulais surtout pas que l'on s'identifie à ce personnage. Ce n'est
pas lui qui m'intéresse, c'est une boite vide, un réceptacle de tout l'aveuglement, de tout le manque
d'amour, de toute la foi des autres. Et ça prend des dimensions absolument surréalistes. Ces personnages
sont malgré tout en quête d'amour. Berroyer comme les villageois. Leur envie d'amour est simplement plus
brutale et plus confuse que la normale.
FilmDeCulte - Pourquoi
le film a-t-il été tourné dans les Ardennes belges?
Fabrice Du Welz - Je voulais faire
un survival dans des paysages que je connais, qui me racontent des choses. Quand Hooper faisait Massacre
à la tronçonneuse ou Romero ses films sur les morts-vivants, ces longs métrages avaient une vraie
connotation politique. Dans le cadre du cinéma de genre, ces films étaient des réactions à la guerre du
Vietnam ou à des problèmes raciaux. Très humblement, dans le cadre d'un film de genre, j'ai aussi souhaité
parlé de ces terribles histoires qui ont secoué la Belgique. L'histoire moderne a vu naître en Belgique
deux des pires serial killers que l'Europe ait connus. Il y avait forcément un écho, j'avais envie de me
confronter à ça en essayant de creuser l'humanité malgré tout. Je pense que c'est un film d'amour malade.
FilmDeCulte - Quel est votre rapport
au genre fantastique?
Fabrice Du Welz - Je dois fonctionner
dans un système, forcément, mais je veux pouvoir être libre. Le fait d'avoir fait ce film, de l'avoir
présenté dans des festivals comme Cannes, Toronto ou Gérardmer, m'apporte une crédibilité inespérée. J'espère
simplement pouvoir aller au bout des histoires que j'ai envie de raconter, même si ça dérange, provoque. Je
ne fais pas du cinéma pour endormir les gens, pour les rendre béats. Je veux bousculer les certitudes que
les gens ont, dans le cadre du film de genre. Je reprends la définition du cinéma de Clouzot: pour moi le
cinéma avant tout doit être un spectacle et une agression. C'est un peu comme ça que j'ai envie de faire du
cinéma. J'ai envie d'expérimenter, d'avoir un terrain de création.
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