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FilmDeCulte - Etes-vous conscient de l'opposition que certains cinéphiles peuvent faire entre votre cinéma et celui de Besson? Qu'en pensez-vous?

Pierre Jolivet – Je crois que c'est une opposition tout à fait vraie, et qui en même temps expliquait notre rencontre. Nous avions des choses totalement différentes à s'apporter. Je crois que c'est une différence profonde qui existe entre nous et entre notre vision du monde et notre façon de gérer nos vies. Les problèmes qu'il rencontre aujourd'hui avec la justice, avec les accidents sur ses tournages, bien évidemment ça ressemble à la façon dont il voit le monde à travers des films comme Léon. Ce n'est pas comme cela que je vois la vie. Il y a donc, il est vrai, deux visions du monde qui s'opposent complètement. C'est amusant que nous nous soyons croisés, puis séparés avec aujourd'hui autant de distance. En même temps, je me souviens d'une anecdote assez marrante sur Le Dernier combat. Une de nos dernières conversations - je ne lui ai plus beaucoup parlé jusqu'à aujourd'hui. Il me disait: "Le prochain film, il faut vraiment que l'on soit dans le top five". Je lui répondais: "Tu sais, si le prochain film, on réussit déjà à faire en sorte qu'il soit bon, ce serait déjà formidable". Je crois que toute l'histoire est là.


FilmDeCulte - Pourriez-vous nous parler de Force majeure? C'est un film unique qui permet de dépasser totalement les éventuels préjugés que l'on pouvait avoir à l'époque sur certains acteurs tels que Bruel.

Pierre Jolivet – (Il revient l'espace d'un instant sur la question précédente) C'est une question que l'on me pose souvent... Je sens que cette conversation va être emblématique de son obsession et de la mienne... En ce qui concerne Force majeure... C'est une histoire un peu particulière. Je sortais du Complexe du kangourou, qui était sorti durant les attentats de 1986 et qui était donc un film condamné à l'avance. C'était donc une sorte de va-tout, je me disais que si ça ne marchait pas, j'arrêterais le cinéma. J'ai donc fait ce film d'une façon totalement lâchée, sur un sujet qui me passionnait, d'après un scénario que j'avais mis beaucoup de temps à écrire. Le film posait un problème d'ordre éthique et moral, ce qui est important dans ma vie et qui est un thème que je trouve d'ailleurs très récurrent dans le cinéma que j'aime. Les Anglais ont voulu le coproduire quand ils ont lu le scénario. Jeremy Thomas a été à deux doigts de le financer puisque j'avais Tim Roth qui devait faire le rôle de François Cluzet. Ça ne s'est pas fait avec eux, on a donc monté le film en France, et il a très bien marché. Ce qu'il faut se rendre compte, c'est que des films comme Force majeure, Simple mortel, ou Fred, on ne pourrait plus les monter aujourd'hui, c'est fini. Ils sont montés sans télévision. Il faut savoir que depuis que je fais du cinéma, je n'ai jamais eu un franc du service public pour mes scénarii... Ni de Arte, de France 2 ou France 3, etc. Pas le moindre centime. J'ai monté tous mes premiers films sans chaîne de télévision, avec des producteurs tels que Michel De Broca ou Paul Cluedo, qui ont produit Force majeure et Simple mortel, ou encore Alain Sarde qui a produit Fred. Aujourd'hui, on ne peut plus faire de cinéma sans télévision. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir malgré tout faire ces films. Même si Antenne 2 a mis de l'argent dans Force majeure, ce n'était qu'après vision du film, lorsque celui-ci était terminé. Les producteurs tels que ceux que j'ai cités et avec lesquels j'ai travaillé, à l'époque, avaient derrière eux César et Rosalie, Les Valseuses, et ils gardaient leurs négatifs, qu'ils négociaient afin de se substituer aux télévisions, qui n'entraient alors pas dans les films. Le scénario de Force majeure s'est fait jeté de toutes les télévisions qui me disaient que ça ne pouvait constituer un prime time, que ça parlait de drogue et de mecs qui sont lâches, que ça ne passerait jamais à la télé. Aujourd'hui, on en est à... Combien... Cinq prime times de ce film? C'est vous dire l'aveuglement auquel on est confronté lorsqu'on veut faire un film qui sort un petit peu de l'ordinaire.


Simple mortel
FilmDeCulte - Comment avez-vous pu imposer à un producteur un projet aussi hallucinant que celui de Simple mortel, qui représente pour beaucoup le meilleur film de science-fiction français?

Pierre Jolivet – (Il rit) Oui, enfin... Beaucoup... De vos copains, peut être. Il est vrai que c'est un film un peu particulier. Bon, tous les films sont particuliers, c'est sûr, mais Simple mortel est pour moi un cas à part. J'aime les films lorsqu'ils sont des prototypes, c'est pour cela que je fais des films différents à chaque fois et que ce que je gagne sur un film, je le perds sur le suivant. J'ai à chaque fois besoin d'un financement puisque je ne fais que des films que je ne sais pas faire. C'est ainsi que j'aime vivre ce métier. Ca ne fait pas de moi un milliardaire, mais ça rend assez... plein au niveau de la création. Simple mortel est un film sorti de dépression. Je sors de Force majeure qui est un vrai succès, et qui est vendu dans le monde entier, donc je tombe, je m'écroule. Enfin, je peux payer mon loyer, alors qu'il faut savoir que Le Dernier combat est un échec en salles, que Strictement personnel est un gros succès critique, mais un échec en salles, que Le Complexe du kangourou sort au moment des attentats. Donc cela fait huit ans de ma vie à vivre dans des conditions extrêmement précaires, et durant lesquelles je refuse toutes les propositions qui me paraissent vulgaires pour faire le cinéma que j'aime. Et enfin, ce cinéma que j'aime, à travers Force majeure, marche. Je tombe, je m'écroule, comme un boxeur qui sort d'un combat qui a duré treize rounds. Même s'il a gagné, il s'écroule dans les vestiaires. Je dirais donc que Simple mortel est un film de sortie de dépression. C'est un film totalement métaphysique, très étrange, qui présente la culpabilité d'un homme seul face au destin du monde... Ce qui n'est pas innocent au niveau du thème. Un jour, allez savoir pourquoi, je vois passer un type qui longe un mur, c'était un jour de printemps, il faisait beau, les femmes étaient jolies et portaient des petites robes... Je vois ce type, avec une tête formidable, qui longe ce mur, et je me dis que ce mec là vit dans une autre dimension que la notre. Ce type est peut être entrain de sauver la planète et personne ne le saura jamais puisqu'il y a forcément d'autres dimensions que la notre. De là est venu le film. Il faut savoir qu'après Force majeure, on me propose tout. On m'appelle pour savoir quel film je veux faire. J'ai donc cette sensation que ma carte de crédit est pleine. Or, lorsqu'on a une carte de crédit pleine, c'est pour s'en servir, pour faire des choses audacieuses, sinon, ça ne sert à rien... Enfin, c'est ma façon à moi de voir les choses. Je fais donc ce film impossible, avec les même producteurs, que je remercie encore, qui m'ont donc suivi après Force majeure et Le Complexe du kangourou. J'ai fait ce film atypique, qui est celui pour lequel on m'arrête le plus dans la rue. Quand je me balade, à la Fnac ou ailleurs, des gens aux yeux exorbités viennent me dire (il prend une voix d'outre tombe): "Simple mortel... Ca... Ca, c'est un film incroyable!". Et le mec repart, donc je me rends bien compte que ce film a dû mettre le doigt sur quelque chose, alors qu'il est en dehors de toute logique puisqu'il s'agit d'un film de science-fiction. C'est ainsi, je pense, que devrait être la science-fiction européenne: une science-fiction sans effet spécial, et qui pour autant reste très visuelle et qui joue sur l'imaginaire. Il semblerait que le rétrécissement des imaginaires fasse que ce cinéma là, issu aussi bien de Tarkovski que de Bradbury, ou que des films d'anticipation des années 50, a du mal à survivre. Par deux fois on a voulu m'acheter les droits pour un faire un remake, une fois ce devait être par Lasse Halström, mais cela ne s'est malheureusement pas fait. C'est un film qui a sa vie propre. Ça me fait sourire quand j'en parle puisque ce film m'a fait sortir de ma dépression, qu'il a un thème très métaphysique, et qu'une fois que je l'ai eu raconté, j'allais mieux.


FilmDeCulte - Vous avez abordé plusieurs genres, en dehors de la science-fiction avec Simple mortel, justement. Le polar, la comédie, le film historique... Y en a-t-il un que vous affectionnez plus que les autres?

Pierre Jolivet – C'est cette multiplication des genres qui me fascine réellement en tant que spectateur. Ce que je vais dire pourra paraître prétentieux, mais celui qui s'approche le plus de cela, c'est John Huston qui a fait des films si différents. Passer de Asphalt jungle à L'Homme qui voulut être roi, ou encore L'Honneur des Prizzi ou The Dubliners. Des films totalement différents appartenant à des genres différents, mais ça reste toujours le même homme derrière, avec le même cœur, donc avec un même style. De plus, honnêtement, je crois que je suis un gros fainéant: si je sais faire un film, si je sais que je sais le faire, je n'aurai pas le courage de me lever le matin. J'ai besoin d'une certaine peur sans doute, d'une certaine adrénaline, qui fait que je me dis comme Polanski: "Chaque film devrait être un premier film". J'ai entendu il y a longtemps déjà ce cinéaste dire cela. Je me suis tout de suite dit qu'il avait raison, chaque film doit être habité par quelque chose d'indispensable comme le sont les premiers films. La seule façon pour moi d'arriver à cela, c'est que ce soit pour moi à chaque fois véritablement un premier film, un film que je ne sais pas faire, et donc un genre que je n'ai pas encore abordé. Il y aura bien un moment où je vais commencer à m'épuiser et à me répéter, mais il y a pour l'instant encore des genres que je n'ai pas abordés. Là je viens de faire une comédie avec Sandrine Kiberlain et Sylvie Testud, mais c'est une comédie de femmes, c'est l'histoire d'une amitié entre deux femmes... J'avais jamais fait de films profondément de femmes, dans lesquels des personnages féminins se parlent avec un langage de femmes. Pour moi, cela a été un voyage introspectif tout aussi fascinant que d'écrire Le Frère du guerrier qui se passe au XIIIe siècle. Il faut que je trouve une forme de voyage initiatique qui fait que j'aborde à chaque fois des genres différents. C'est comme ça que je me nourris... Je ne dis pas que c'est une règle absolue pour tout le monde, mais pour moi, c'est ainsi que ça marche.

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