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JONATHAN CAOUETTE


Tarnation comme "Torn": déchiré en mille morceaux, et jeté en un film comme un poing sur la table, une arbalète vers le coeur, un doigt contre les lèvres. Jonathan Caouette, 31 ans, filme et monte seul un kaléidoscope intime qui, après avoir charmé ses producteurs Gus Van Sant et John Cameron Mitchell, a recueilli des hourras de Sundance à Cannes. Entretien en quatre temps autour de l'une des révélations décalées de l'année


DOCU-FICTION

Jonathan Caouette - Je pensais qu’une voix-off et l’utilisation d’un narrateur auraient quelque chose de kitsch ou de cheap. Et s’il avait fallu une voix-off, ça aurait probablement été la mienne, ce qui aurait poussé le film vers une sorte d’exercice narcissique, et j’avais peur qu’il soit perçu ainsi alors que ce n’était pas mon intention. Dans le premier montage, il y avait une utilisation différente du texte, qui devenait en quelque sorte un véritable personnage. Pour moi, le texte permettait une expression de la dépersonnalisation, un désordre dont j’ai longtemps souffert. Une façon d’être à l’extérieur de soi tout en faisant référence à soi-même. Il y avait un aspect hybride entre fiction et réalité, un dénouement totalement autre. Dans la première fin, mon grand-père pointe une arme à feu sur moi, me tire dessus et me tue. La caméra tombe au sol, et à mesure que mon cerveau s’éteint, le texte s’en échappe dans une atmosphère baignée de non-sens, impressionniste, où je termine au paradis avec mon boyfriend. Il est nu, avec des ailes d’ange, et pose son index sur mes lèvres pendant qu’on entend ma mère en voix-off. Juste avant le Festival de Sundance, j’ai décidé de préserver ceci, et de tourner avec ma mère les derniers plans du film.


En fait, vous pouvez toujours voir des fragments de la fin originale au moment où est utilisé le morceau des Magnetic Fields, mais je crois que le dénouement est mieux tel qu’il est maintenant. Au départ le film durait 2h30, avec des sous intrigues, et cet aspect hybride de docu-fiction, même si tout était vrai à 99%. Mais je voulais laisser une ambiguïté, une porte ouverte pour voir le film comme un documentaire mais aussi une fiction, c’était une façon saine de dire: "ceci n’est pas forcément moi, ceci n’est pas forcément ma mère" pendant que Tarnation constituait un endroit où je pouvais me donner entièrement. J’avais écrit une première version il y a deux ans, intitulée Tarnation, the Day I Disappeared mettant en scène mon petit ami, ma mère, et moi-même, dans mon appartement à New York, et nous jouions nos propres rôles mais dans des circonstances totalement imaginaires. Je pensais utiliser ce qu’on voit dans Tarnation comme des flash-back ou des flash-forward, aborder la maladie de ma mère différente, dans une atmosphère plutôt lynchéenne, finalement tout ceci a été abandonné.


MUSIQUE

Jonathan Caouette - Le film s’ouvre d’abord sur un son, celui d’un projecteur, sur un écran qui reste noir. Et c’est pour moi le premier souvenir de ce qu’un film peut être: ce bruit précis. La musique m’a, quant à elle, accompagné tout le long du processus de montage et m’a même largement inspiré. La première version du film comportait des morceaux de Nick Drake, dont certains me touchent particulièrement, et je travaillais d’ailleurs le montage en fonction de certaines de ses chansons. J’essayais de transmettre visuellement l’émotion que me procurait la musique, quitte à m’approcher, parfois, du clip. Le montage musical permet aussi d’amener très rapidement un grand nombre d’informations, de drainer différentes émotions, qui permettent ainsi de s’approcher d’un certain cinéma vérité, dans son sens le plus viscéral. Mais il a fallu ensuite gérer ce rythme. A Sundance le film durait deux heures, puis il a fallu un peu ralentir la marche, raccourcir le film, faire quelque chose dont le montage serait moins agressif qu’il ne l’était à la base, même si les plans restent souvent très courts. A part pour la scène de la citrouille… qu’on m’a souvent conseillé de couper ou de raccourcir, "parce que les gens penseront que tu exploites ta mère."


FAMILLE

Jonathan Caouette - J’ai arrêté de filmer ma famille. J’ai le sentiment d’avoir capté un chapitre de ma vie, où je suis allé chercher quelque chose de si noir, pendant si longtemps, et je pense en avoir fait le tour. J’ai l’impression d’avoir créé quelque chose qui semble être une œuvre d’art accessible alors que je ne pensais pas que ça serait accessible pour qui que ce soit. Bref, je ne pense plus avoir besoin de me donner comme cela désormais. Ma mère a vu le film et elle l’adore. De mon côté, je ressentais vraiment le besoin de faire sortir l’histoire de ma mère, c’était comme une urgence. L’histoire montre qu’elle a été une victime innocente d’un système de santé totalement archaïque, dans le Texas des années 70, et prouve à quel point cela a pu être destructeur. C’était l'une des raisons pour laquelle j’ai laissé tourner la caméra lors de la scène de la citrouille. Il ne s’agissait pas d’exploiter ma mère, il s’agissait de mettre les gens dans cette atmosphère-là, à propos de quelque chose qu’ils ignorent, et de dire le plus honnêtement possible: "regardez ce qui s’est passé", simplement parce qu’un voisin a conseillé ceci à mes grands-parents. Mais je ne les blâme pas, je ne blâme pas mes grands-parents, je n’ai jamais pensé une seconde qu’avec ma mère ils ne s’aimaient pas, ou qu’ils ne m’aimaient pas, malgré ce qu’ils ont fait à ma mère (les électrochocs), ils ne savaient simplement pas comment faire face à cette situation, et puis c’étaient les années 70 et le contexte était différent.


PROJETS

Jonathan Caouette - Je continue à aimer cette idée de tout faire moi-même comme sur Tarnation, du contrôle total que cela permet, du rapport intime que cela implique. Je pense que ça va changer beaucoup de choses dans les années à venir, le fait que tu puisses faire ton film seul, le monter sur ton ordinateur, et ensuite essayer de le distribuer. Je ne sais pas si je ferai ainsi toute ma vie mais ce sera le cas pour mes deux ou trois prochains projets. Pour mon prochain film, je vais d’abord retourner au Texas, dès que je peux, car la promotion de Tarnation dure depuis un an et je suis très fatigué. J’ai besoin de rentrer chez moi et de prendre soin de ma famille. Je voudrais donc retourner pendant six mois dans la maison de mon grand-père et travailler là-bas. J’ai l’intention de choisir trois grands films majeurs qui ont été réalisés entre 1973 et 1977, trois films qui ont pour point commun un personnage féminin servant de souffre-douleur, une même actrice, avec des rôles assez similaires dans chacun des films, et j’aimerais faire une sorte de remix entre les trois longs métrages pour qu’ils ne fassent plus qu’un. A Cannes, j’ai beaucoup parlé avec le producteur de David Lynch, il était très enthousiaste et a décidé de le produire.


Propos recueillis par Nicolas Bardot

Le 28 octobre 2004, à Paris.





 
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