De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Michael Cimino






FilmDeCulte - Contrairement à une mouvance de plus en plus répandue en documentaire - en grande partie "à cause" de Michael Moore - vous ne mettez pas en scène votre dispositif de filmage, vous en train de filmer. Pourquoi ce choix esthétique, qui change tout, notamment quant à la frontière entre documentaire et fiction ?

Mercedes Álvarez - En premier lieu, je crois qu'il s'agit d'une différence radicale en ce qui concerne le "contrat avec le spectateur". La proposition de documentaires du type de ceux de Michael Moore appartiennent au cinéma expressément militant, ce sont des documents d'urgence qui ont pour objet de mobiliser le spectateur en lui disant : "Regardez les secrets que j'ai découverts avec ma caméra et comment je les ai débusqués. Je suppose que vous serez d'accord avec moi que tout ceci est terrible. Maintenant que vous connaissez la vérité, vous vous devez de réagir." Il s'agit d'un genre de document qui est, à été, et sera toujours nécessaire, mais qui participe d'un autre univers que Le Ciel Tourne. En ce qui me concerne, je désirais m'adresser à chaque spectateur en particulier, non à tous en général. Il s'agit d'un film au ton confidentiel, destiné à être murmuré à l'oreille du spectateur, susurré, pas clamé. J'y ai confié mon regard au regard du spectateur, ce regard qui s'attache à quelques êtres que je chéris (les habitants de La Aldea) et à leur destin, en espérant que le sens de ce destin privé soit compris. Et la grammaire de la fiction, le récit structuré, peuvent peut-être permettre de le transformer en une petite parabole à la portée universelle.


FilmDeCulte - Une certaine conception du documentaire, au contraire, considère que le réel n'est pas un effet à produire, mais un donné à comprendre. De ce point de vue, lorsque vous provoquez certaines séquences, comme la rencontre des deux marocains, cela pourrait passer pour une forme de "falsification" du réel. Comment justifiez-vous votre démarche ?

Mercedes Álvarez - La rencontre des deux marocains est un bon exemple du type de "mises en situation" du film. Il y a eu une observation préalable, une approche de chacun des personnages séparément. Ils s'étaient toujours aperçus de loin, l'un avec son troupeau et l'autre qui s'entraînait à travers champs. Mais ils ne s'étaient jamais parlé, ils ne s'étaient jamais approchés l'un de l'autre. Ce jour-là, nous avons préparé leur rencontre. Nous avons placé les deux caméras, nous avons informé chacun d'entre eux de l'idée générale de leur rencontre, avec le moins de détails possibles, et nous avons enregistré le moment. Miraculeusement, nous avons capté une conversation longue, spontanée et vraie. Au montage, il n'y a plus eu qu'à étudier et résumer la conversation. Est-ce que cette rencontre se serait produite sans le cinéma ? Je ne le sais pas. La caméra a provoqué la rencontre, mais le moment de vie capturé est vrai.


FilmDeCulte - De même, le film ayant été tourné avec seulement deux caméras, cela signifie sans doute des arrangements, par le montage, avec la réalité. Je pense notamment à cette scène, très drôle, où hommes et bêtes ouvrent un œil le temps que les colleurs d'affiches fassent leur ouvrage. C'est une mise en scène efficace, mais rien n'indique que les plans qui la constituent s'inscrivent dans la même temporalité…

Mercedes Álvarez - Au cours de cette période, il y a eu trois visites de propagande électorale dans La Aldea. Nous avons enregistré la première par hasard. Nous étions sur la place (seule l'équipe de tournage), en train de préparer une prise, et soudain, voilà qu'apparaît la voiture électorale. C'était un jeudi et plusieurs habitants étaient allés au marché dans la capitale, ce qui fait que le village était quasiment vide. La deuxième fois, c'est arrivé pendant la prière des deux femmes à l'église. La troisième fois, à l'heure de la sieste. Dans les trois cas, il n'y avait personne dans la rue. C'est de cette vérité - celle d'une voiture et de ses mégaphones qui arrivent à cette heure de calme total dans un village quasi abandonné où tous dorment y compris les animaux - dont traite cette séquence. Ça s'est passé ainsi. Le montage a permis d'unir au son les moments enregistrés séparément : le sommeil des hommes et des animaux, et l'arrivée de la voiture pendant la messe.


FilmDeCulte - Cette année est sorti en France le deuxième volet d'une longue saga documentaire réalisée par Raymond Depardon [Un homme sans l'occident, 10è chambre, instants d'audience, NDLR], intitulée Profils Paysans, et qui traite également d'une ruralité en voie de disparition. Connaissez-vous cette série de films ?

Mercedes Álvarez - J'en connais la première partie (Profils Paysans : L'approche) et je suis très intéressée par sa volonté de faire le portrait, de prendre acte, d'un temps et d'un monde qui se perdent, par sa volonté testamentaire. Depardon est pour moi un maître en la matière, de par son travail de voix off, son implication avec les personnages qu'il filme, sa recherche des moments vrais, son écriture par l'image.


FilmDeCulte - Quelles démarches dans le cinéma actuel (documentaire ou fiction) retiennent aujourd'hui votre attention ?

Mercedes Álvarez - En tant que spectatrice, je suis assez déçue par la répétition et la saturation des formes déjà vues dans le registre de la fiction, des formules conventionnelles, des "revisitations". Ce qui m'intéresse, ce sont les propositions qui explorent la frontière qui unit et sépare le documentaire de la fiction, qui renouvellent le regard du spectateur, et je trouve cette ambition chez Kiarostami [Le Vent nous emportera, Ten, NDLR]. Lui a exploré comme personne la relation entre vérité documentaire, vérité "fictionalisée", vérité provoquée devant la caméra et vérité reconstruite. Des cinéastes comme Victor Erice avec Le Songe de la Lumière, dans lequel il s'interroge sur la possibilité de trouver de nouveaux chemins vers une certaine expérience virginale du cinéma, de la contemplation des images, des moyens de rendre au spectateur son pouvoir, le pouvoir de regarder pour la première fois, lui redonner son regard. Il est peut-être un peu moins à l'aise dans la fiction traditionnelle, au discours trop plein de conventions. En dehors de Erice et de Kiarostami, ceux qui m'intéressent particulièrement sont Chris Marker [Chats Perchés, NDLR], Rohmer, Godard, Jia Zhang-Ke [The World, NDLR], Hou Hsiao-Hsien, Jean-Pierre et Luc Dardenne.


Entretien réalisé par Guillaume Massart
Le 19 juillet 2005
Un grand merci à Valérie Chabrier, Patricia Bales, Robert Schlockoff et ID Distribution pour la liaison avec Mercedes Álvares et pour la traduction.




- 2/2 -

 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS