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FilmDeCulte - Quels ont été vos choix de mise en scène et de montage pour Massoud, l'Afghan?

Christophe De Ponfilly – Le seul choix qu'il y avait était celui de reconvoquer les autres films pour s'interroger sur le fait que ceux-ci, qui étaient traités comme des reportages dans lesquels je me gommais complètement et où l'on faisait croire à une objectivité... Ces films n'avaient finalement pas servi à grand chose, ils avaient simplement participé au tourbillon des images et des sons qui nous environnent. Mon choix premier était donc de faire une démarche avant tout personnelle. Je revendique le film à la première personne, ce qui est très difficile pour moi puisque j'avais fait plus de trente films en me gommant totalement, et que je trouve souvent très indécent le fait de voir les journalistes ou les cinéastes se mettre à l'image. Là, j'ai pensé que c'était comme un ultime recours, une manière de dire "Je suis français, j'ai aimé ce pays, suivez moi pour le découvrir, et partageons ensemble cette expérience". Nous sommes donc partis sur cette idée, puis c'est au montage que s'est véritablement construit le film.


FilmDeCulte - Certains cinéastes comparent la caméra à une arme, pensant que celle-ci est leur moyen à eux de se défendre et de combattre. Vous est-il arrivé malgré tout de vous trouver impuissant et inutile, malgré cette arme que constituait votre caméra, et cette "mission" que vous aviez?

Christophe De Ponfilly – Oui, j'ai eu l'impression que l'on prêchait dans le désert. J'ai eu l'impression durant toutes ces années que nous n'arrivions pas du tout à faire parler de l'Afghanistan, ou du moins à mobiliser les gens. Il est vrai qu'il a fallu quelques "épiphénomènes" pour que l'on s'intéresse à ce pays, mais il retombait vite dans l'oubli. Je parle notamment de l'arrivée des troupes soviétiques, du retrait de ces même troupes, l'arrivée des Moudjahidines à Kaboul, la perte de la ville par Massoud et l'arrivée des Taliban. Il y a eu également des reportages sur les femmes afghanes, sur la destruction des Bouddhas, mais en gros, c'était tout. Et ceux comme nous qui voulaient montrer l'Afghanistan en le filmant, avaient énormément de mal à monter des productions. Il faut aujourd'hui des événements dramatiques pour qu'il y ait une attention démesurée et hystérique sur l'Afghanistan, qui est un pays de la lenteur, de la complexité. Lenteur et complexité que les reporters envoyés activement sur le terrain n'arrivent pas à retranscrire avec précision. Il y a ainsi énormément d'erreurs véhiculées dans les reportages que l'on peut voir.


FilmDeCulte - Beaucoup de journalistes ont disserté sur les images des attentats du 11 septembre. Comment pensez-vous qu'elles seront digérées par le spectateur?

Christophe De Ponfilly – Je pense que le spectateur d'aujourd'hui est embrouillé, qu'il reçoit des chocs forts qui perturbent certainement son comportement. Il y a une folie dans notre monde d'aujourd'hui, le média télévision se nourrit principalement de spectaculaire, ce que les terroristes ont très bien compris. Ils ont frappé en étant sûrs de la présence de la caméra, et ont créé une image de science-fiction. Ils ont mélangé la réalité et la virtualité d'une manière incroyable. Lorsque la télé, avide de spectacle, a fait monté la sauce et le suspense sur l'éventualité d'une riposte, en nous montrant des images de commando, c'était totalement grotesque puisque les Afghans sont probablement plus aguerris que la plupart des commandos occidentaux, étant donné l'expérience qu'ils ont de la guerre et la connaissance qu'ils ont du terrain. J'ai trouvé cela extrêmement malsain, et je pense que l'on est piégé par cela. Le piège se retourne d'ailleurs complètement contre nous, on le voit, avec les images du vidéo-clip de Ben Laden, diffusé à moult endroits, sur toutes les chaînes de télévision. Il faut à chaque fois attendre trois ou quatre jours pour que les gens réalisent qu'il y a peut être un contre-effet et que c'est peut être faire le jeu de l'ennemi.


FilmDeCulte - Comptez-vous prochainement repartir en Afghanistan?

Christophe De Ponfilly – Actuellement, non. Je trouve qu'il y a pour le moment trop de journalistes là-bas, et autant certains connaissent bien le pays et y sont attachés, autant il y a des tas d'envoyés spéciaux qui n'y connaissent rien, des chasseurs de scoop et de sensationnel, etc. Je n'ai pas envie de voir ce lamentable spectacle. J'ai envie de revoir le pays lorsqu'il sera en paix, bien que sans Massoud, il aura l'air bien triste. Et j'espère réaliser un film de fiction que j'ai toujours rêvé de faire, sur l'histoire d'un russe traversant le pays.


Entretien réalisé par Anthony Sitruk.
Le 20 avril 2002.



 
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