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Après vous
France, 2003
De Pierre Salvadori
Scénario : Pierre Salvadori, Danièle Dubroux, Benoît Graffin, David Léotard Avec Avec Daniel Auteuil, José Garcia, Sandrine Kiberlain, Photo : Gilles Henry Musique : Camille Bazbaz Durée : 1h50 Sortie : 17 Décembre 2003
Antoine sauve par hasard Louis, un inconnu sur le
point de se pendre. Sans véritable raison, il
l’installe chez lui, lui trouve un travail,
l’encourage à surmonter ses névroses et part à la
recherche de Blanche, la raison même de sa tentative
de suicide.
CHARITE BIEN
ORDONNEE
En pleine suée de fin d’année, avant les huîtres et le
saumon flasque, Après vous empoigne les clichés
de la comédie altruiste avec une vitalité
appétissante. L’assiette généreuse de Pierre Salvadori
régale de grands enfants capricieux: un Daniel Auteuil
mi-ange mi-Tartuffe, un José Garcia engourdi par la
morphine et une Sandrine Kiberlain vulnérable et
maladivement "conciliante". Pour son magistral
retour à la pitrerie, Auteuil vole au secours des
suicidaires, batifole avec les jolies fleuristes, et
subit les conséquences fâcheuses de ses accès de
bienveillance. La main tendue ou le poing levé, un
homme pressé et un convalescent s’échangent leurs
chemises, s’amourachent de la même jeune femme pour
mieux tourmenter leur amitié. La surprise ne vient pas
des combinaisons burlesques (un divin manège à trois,
pléthore de quiproquos), mais des voluptueuses
saillies et de l’incongruité des non-dits. L’humanité
selon Salvadori se partage entre pierrots dépressifs
et aimables excentriques. Louis, Antoine et Blanche ne
dépareillent pas avec leurs entêtants prédécesseurs,
Les Apprentis (François Cluzet, Guillaume
Depardieu) ou les Cible émouvante (Jean
Rochefort, Marie Trintignant). Au-dessus de chacun
ondule un fanion de détresse; les protagonistes de
Salvadori se mentent, s’étripent mais se retrouvent
avec cœur dans un final apaisé.
ALLEGRETTO
Au détour de saynètes enlevées et pétulantes, Après
vous met en lumière la précision mathématique des
dialogues et des élégants pas de deux. Les vulgarités
de comptoir et les échauffourées hystériques sont
laissées aux mauvais esprits. Chez Salvadori, les
quolibets et les pantomimes servent de tremplins
exacts aux interprètes. L’énergie souriante du casting
(la sainte trinité Michèle Moretti, Marilyne Canto et
Garance Clavel), requinque cette comédie désuète, où
les virevoltes incessantes priment sur les rougeurs
amoureuses. Salvadori court moins après la
vraisemblance que l’efficacité. Si le fond exhale des
sentiments communs, le ton se permet toutes les
extravagances. Seul regret: l’urgence des situations
et la partition chronométrée cadenassent le trio
vedette. Le moindre temps mort semble une écharde dans
un panier si bien tressé. Après vous n’a
pourtant pas à souffrir de ses écarts. Auteuil enfile
le nez rouge avec maestria, José Garcia délaisse sa
légendaire faconde. Kiberlain est radieuse en
tentatrice candide. Derrière les mécanismes éprouvés
de la comédie, Pierre Salvadori donne à aimer bien
plus que des poupées: de grands nerveux à fleur de
peau, dépassés par les événements mais jamais
complètement perdus. La farce, si grosse soit-elle,
choisit de les sauver un par un, les traîtres comme
les suicidaires.
DITES-LE AVEC DES
FLEURS
Les deux pôles d’effervescence, le restaurant
d’Antoine et la boutique de Blanche, en disent assez
long sur la prose des scénaristes. Parce qu’il est
maître d’hôtel, Antoine rend service à un parfait
inconnu. Parce qu’elle est fleuriste, Blanche rosit et
se fane à la moindre contrariété. Plus les rôles se
dispersent, plus les mensonges s’entortillent.
Après vous s’accommode des plus élémentaires
proverbes enfantins. Un bon vin paraphrase l’amour,
une expression bien tournée sauve d’une situation
improbable. Des fleurs achetées sous la contrainte
invitent au mariage, des épines ensanglantent une
paume et révèlent la chaleur d’un sentiment. En
parfaite comédie du ressassement, Après vous
entrelace les personnalités, les bibelots, les
actions; une gratuité et une insouciance
systématiquement contrebalancés par le cafard ambiant.
Réclamé de toutes parts, Antoine réajuste ses trois
tabliers – le mari attentionné, le confident
irrésistible et la nounou providentielle –. A chaque
solution, sa nouvelle dégringolade. Antoine, Louis et
Blanche tiennent en équilibre sur un fil dérisoire
mais ne s’agrippent pas en vain. Pierre Salvadori
jubile de ces broutilles qui les unissent: une
histoire de bonnes et mauvaises manières, où l’on
pleure au milieu des pétunias et où l’on songe encore
à escalader les balcons.
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