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Blueberry, L’expérience secrete

France, 2004
De Jan Kounen
Scénario : Gérard Bach, Matt Alexander et Jan Kounen
Avec Vincent Cassel, Juliette lewis, Michael Madsen, Temura Morrison, Ernest Borgnine, Djimon Hounsou
Photo : Tetsuo Nagata
Musique : Jean-Jacques Hertz et François Roy
Durée : 2h04
Sortie : 11 Février 2004

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Mike Blueberry, Marshall de Palomito, essaye de maintenir l’équilibre instable qui s’est établi entre les habitants de sa ville et les indiens des canyons alentours. Mais une mystérieuse histoire de trésor convoité par un avide chercheur d’or et un tueur du nom de Wally Blount va venir semer le trouble. Aidé par son ami Runi, Blueberry va tenter d’arrêter les deux hommes et pour cela devra affronter ses propres démons.


HORS NORME

Il fallait oser ou tout simplement s’appeler Jan Kounen pour réaliser un tel coup de maître. Transformer la plus grosse attente française de 2004, la nouvelle méga production hexagonale rassemblant un casting international, Vincent Cassel en tête, en film intimiste inclassable. Blueberry est un OFNI échappant à tout contrôle. A la fois adaptation de BD, nouveau western et film fantastique, il se nourrit intelligemment de tous les genres qu’il aborde pour se les approprier, les maîtriser parfaitement et ainsi dépasser les cloisonnements conventionnels. Les mondes visités ne sont plus des petits tiroirs compartimentés et sagement étiquetés. Ils s’imbriquent, se répondent aussi bien formellement que thématiquement. Le montage alterne des séquences énergiques, lancinantes, bucoliques, oniriques, planantes sur une bande originale mélangeant des sonorités des quatre coins du monde. Le film s’ouvre sur une hallucination pour se refermer sur une vision paradisiaque d’un retour à la vie. On est bien loin du Dobermann - malgré quelques scènes en accéléré parfaitement maîtrisées qui rappellent la présence de Jan Kounen derrière la caméra - pourtant le film dérangera certainement tout autant par sa forme atypique et sa constante proposition d’un retour sur soi, d’une remise en question. Bien au-delà du prétexte d’adaptation Blueberry donne à voir le voyage initiatique d’un homme à la recherche de son identité, de ses racines, de l’ouverture au monde et, pourquoi pas, à l’amour.


ADAPTATION

Le premier questionnement autour de ce film, découlant de sa forme si particulière, porte sur son titre. Car au premier abord, outre les noms des personnages, la BD de Charlier et Giraud semble bien loin. S’il a gardé la dénomination Blueberry malgré ses nombreuses digressions, c’est avant tout parce que le créateur du personnage, Jean Giraud, est à l’origine de cette adaptation. C’est lui qui a fait appel à Jan Kounen, le laissant jouer avec son œuvre pour créer autre chose tout en gardant cependant l’ambiance des deux numéros dont s’inspire le film à savoir : Les Mines de l’allemand perdues et Le Spectre aux balles d’or (bientôt regroupés en un volume collector intitulé Les Monts de la superstition). "Librement inspiré" donc, voilà la mention indiquée en début de film. Parallèlement à l’idée de base d’une équipée à la recherche d’un trésor dans une montagne indienne sacrée, Kounen a développé la dimension mystique déjà sous-entendue dans le deuxième album par la présence d’un chamane. Afin de rendre ce rapport de Blueberry au chamanisme plus crédible, il lui a inventé une jeunesse parmi les indiens à la quelle Giraud a totalement adhéré. Pour interpréter le Marshal Mike Blueberry, les deux hommes se sont mis d’accord sur Vincent Cassel après que Val Kilmer se soit désisté. Si l’acteur n’a pas au premier abord le physique du personnage qu’avait créé Giraud, il a réussi à s’imposer comme étant le seul capable d’incarner cet homme de loi, indépendant et toujours en marge de ce qu’il représente.


POST-WESTERN?

Avec Impitoyable en 1992, Clint Eastwood signait l’ultime western, mais également le premier post-western, si cette dénomination a un tant soi peu de sens. Détournement des codes classiques, pour créer une autre dimension, voilà ce qu’introduisait Eastwood et ce que développe ici Jan Kounen. On retrouve dans Blueberry les scènes, désormais coutumières, de saloon (magnifique tour de chant par la superbe Juliette Lewis), de bagarre, les paysages traités comme des personnages à part entière grâce à la sublime photo de Tetsuo Nagata en totale adéquation avec son sujet, les chevauchées sauvages. Sans oublier les thèmes incontournables du trauma, de la prise de conscience et du personnage solitaire qui doit suivre un voyage initiatique afin de trouver sa vraie place. Le tout construit sur une structure de flash-back chère à Sergio Leone. Ce qui fait basculer ce film au-delà du classicisme est la part de mysticisme et de science fiction qu’introduit le chamanisme. Ainsi les indiens y sont présentés comme bien plus civilisés au fond que l’occidental (thème qui avait déjà démarqué Little Big Man et Danse avec les loups). Autre trait atypique de ce western, il est réalisé par un français, basé sur un personnage créé par des français, interprété par l’un des acteurs français les plus symboliques de ces dix dernières années. Le western européen mort avec Sergio Leone pourrait-il être ressuscité sous une nouvelle forme grâce à ce Blueberry ? Il est en tout cas la preuve, comme le souligne Jean Giraud, que le Western est un genre universel.


UNE AUTRE DIMENSION

Le voyage initiatique que va accomplir Mike est une aventure intérieure qui le transformera à tout jamais, l’obligeant à faire face à son mal-être, son passé. Le côté chamanique du film introduit une autre réalité parallèle à celle des personnages de Blueberry. Une réalité spirituelle au profit d’une réalité matérielle. Principe chamane par excellence, il est parfaitement illustré par le fait que le trésor que cherche Wally Blount n’est pas l’or caché dans les montagnes indiennes, mais l’esprit qui s’en dégage. "Il y a un homme, il ne cherche pas l’or… c’est un voleur d’âme. Il cherche le pouvoir sacré." Ces notions de dédoublement, de refoulement et d’inconscient contenues dans le discours de Runi (et par la suite celui de Blount et Mike) sont très modernes pour l’époque à laquelle se déroule l’action et servent ainsi de points de ruptures dans le scénario. En même temps que les personnages, le film bascule ainsi dans son autre dimension. De plus ces notions permettent d’introduire les scènes fantastiques des visions chamaniques des personnages. Créées à partir des propres visions de Jan Kounen, elles occupent un quart du film et s’avèrent être les premières expériences mystiques montrées de la sorte au cinéma. Sur un rythme finalement assez lent et planant c’est à une odyssée intérieure, une expérience sensorielle, que Jan Kounen nous invite à travers son film, en espérant que le spectateur se laissera embarquer dans ce voyage peuplé d’êtres surnaturels.






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