French beauty
France, 2001
De John B.Root
Scénario: John B.Root
Avec HPG, Mathilda, K-Sandra, Titof
Durée: 1h30
Diffusion en mars 2002 sur Canal +
Note : 6/6
Dans l'enchevêtrement de corps que constituait jusqu'à présent le cinéma X, les films de John B.Root paraissaient
anachroniques, tant leur schéma prenait à contre pied l'expression "scène hard". Dans les films de ce cinéaste,
l'aspect hard prenait place dans un ensemble cohérent et homogène, au milieu de la scène, et non en tant qu'unité
indépendante du reste. En intégrant la scène à un ensemble, à un tout, John B.Root (écouter l'entretien) avait réussi le pari impossible
de livrer des œuvres entièrement intéressantes, et non des tronçons de films, entrecoupés de scènes de sexe. On
pouvait parler de "plan hard", et non plus de scène. Pourtant, il paraissait inévitable de se demander si le système
B.Root n'avait pas atteint sa limite avec des chefs d'œuvre tels que 24 heures d'amour ou Antoine et
Marie, limites d'un schéma permettant un nombre de scripts limités. La diffusion récente de EliXir,
succession classique de scènes X justifiées par le recours au rêve, avait de quoi inquiéter. Les scènes X ne
faisaient plus partie d'un ensemble, et n'existaient que par elles-mêmes, rendant le tout lassant et inutile,
et renforçant nos doutes quant à la viabilité de la suite de l'oeuvre.
C'est en explosant les limites de ce système que John B.Root livre avec French Beauty ce qui constitue
non seulement son meilleur film, mais également le chef d'œuvre absolu du genre. Partie intégrante du film, les
scènes hard sont cependant condensées en une demi-heure centrale, magnifique de sensualité, incroyablement érotique.
Comme à chaque fois, c'est durant ces scènes que les personnages se révèlent, se découvrent, se transforment. Le sexe
n'est plus seulement révélateur chez John B.Root. Il est également libérateur, pour cette famille de petits bourgeois
lourdingues, caricaturaux, et mesquins. Le sexe ne rapproche plus (comme c'était le cas dans ses films précédents), mais sépare les couples
pour leur plus grand bonheur.
Comme à son habitude, le cinéaste place son histoire au milieu de ce microcosme qu'est la famille, cette micro société
renfermée sur elle même, composée de frustrations, de désirs refoulés, de refus d'accepter sa propre nature. Comme dans
American beauty, et surtout Théorème, l'arrivée d'un intrus au doux nom de Sweetie bouleversera tout. La
famille se révèle dans toute sa laideur: jalousie, méchanceté, regrets, etc. et révélation. De l'homosexualité de la
mère, de l'obsession sexuelle du père, du désir de la fille d'intégrer le monde du porno et de vivre sa jeunesse tant qu'il en
est temps...
Dépassant le simple stade de parodie du modèle américain, French beauty créé un monde réel, avec cette famille
représentant les bonnes valeurs françaises. Véritable discours sur la cellule familiale, le film prend des accents
houellebecquiens lors des sublimes monologues du père exprimant sa condition, sa frustration, sa tristesse. Un beau
personnage. Celui a qui revient le mot de la fin: "on pourra dire ce qu'on veut, que Sweetie était une petite pute,
mais ce qu'elle nous a apporté vaut plus que tout, c'est l'amour". Cet Amour avec un grand A qui, chez
John B.Root, est indissociable du sexe, et inversement. Cet amour qui manquait tant à la famille pour la simple
raison qu'ils n'étaient pas heureux sexuellement, qu'ils n'étaient donc pas eux-mêmes. Et comment aimer quelqu'un
qui se ment et vous ment par la même occasion?
Il demeure cependant une question quant à la fin du film. Tout cela n'était il réellement qu'un rêve? Et si JBR
pointait plutôt là du doigt l'impossibilité pour cette famille française de s'accepter telle qu'elle est vraiment,
de tout remettre en question, de tout jeter par terre? Il est en effet tellement plus simple de se réunir tous les
matins et de tenter de croire qu'on aime ses enfants et sa femme tels qu'ils sont. Qu'on est heureux comme ça. Ironie
mordante de l'auteur, réelle naïveté? Nous ne le saurons pas et c'est ce qui rend finalement ce film si attachant: se
désir de ne pas se livrer totalement, de garder une zone d'ombre, une part d'indécision aux yeux du spectateur. C'est
tout à l'honneur de ce film qui risquerait bien de surprendre un bon nombre des habitués des nuits chaudes de Canal
+.
LIENS :
John B.Root.com
24 heures d'amour