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Filmographie
Les acteurs de Tim Burton
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Entretien

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Avant de devenir le poète lunaire qu'Hollywood s'arrache, Tim Burton a traversé des moments de doute et même d'échec. Recruté par Disney au début des années 80, l'enfant solitaire de Burbank s'est frotté à l'hermétisme d'un studio en pleine crise, insensible à son talent fou. A chaque fois, il a su rebondir grâce à des coups de pouce du destin et le flair de quelques hommes et femmes, charmés par l'originalité de son univers. Retour sur les années qui ont façonné l'auteur des Noces funèbres.


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1983. La carrière de Timothy William Burton, alias Tim Burton, est à l'arrêt. Son premier court métrage en prises de vue réelles, Frankenweenie, une production Disney au budget conséquent d'un million de dollars, a obtenu de la censure la notation PG: "interdit aux enfants de moins de douze ans non accompagnés par un adulte". Une marque d'infamie qui limite l'exploitation commerciale. Le film ne peut précéder un produit grand public ou être diffusé à une heure de grande écoute sur Disney Channel. Relecture du mythe de Frankenstein, Frankenweenie (avec Sofia Coppola dans le rôle d'Anne Chambers, la fille du voisin) contient déjà toutes les obsessions de Tim Burton: la difficulté de s'intégrer, d'accepter sa condition, l'affection pour les freaks, et ce ton si particulier, à la fois sombre et poétique, qui ne correspond en rien aux canons en vigueur et choque même quelques pontes du studio. L'échec du film le pousse à la démission de son poste chez Disney. Commence alors le temps des incertitudes. S'il accepte bien une commande de Shelley Duvall (actrice de Frankenweenie) intitulée Aladdin and His Wonderful Lamp, pour son show télé Faerie Tale Theatre, il songe souvent à quitter le monde du cinéma pour se consacrer uniquement au dessin, sa première vocation. Par chance pour le septième art, son talent singulier a tapé dans l'œil de Paul Reubens, Pee-Wee pour les intimes, une star de la télévision américaine qui lance son premier long métrage. Il convainc la Warner d'engager le jeune réalisateur.


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Un retour en arrière s'impose. Le petit Timothy est un garçon solitaire et mal dans sa peau. Né le 25 août 1958 à Burbank en Californie, banlieue pavillonnaire qui jouxte de grands studios de cinéma, Tim Burton, pourtant l'aîné de sa famille, éprouve de réelles difficultés à s'intégrer. Dédaigné par son père, un cadre de la Burbank Parks and Recreation Departement qui a toujours rêvé de devenir une star du base-ball, le futur réalisateur de Batman noie son manque d'affection en passant ses journées devant la télévision. Il raffole des séries B et Z, tombe éperdument amoureux des films de Harryhausen (Jason et les Argonautes) et ne rate aucun épisode des dessins animés adaptés de l'œuvre du Dr Seuss... Sa tendre maman, qui tient une boutique de cadeaux souvenirs, l'emmène souvent au cinéma voir des films fantastiques, genre très à la mode dans les années 60. Une vocation est née. Avec une caméra super 8, il récrée ses séquences préférées et s'essaie même à des films d'animation image par image. Comme le héros de Frankenweenie, il passe son temps à dessiner sur un grand cahier à spirales. Une bonne fée se penche sur lui sous les traits d'un professeur un peu plus concerné que les autres par cet escogriffe timide et talentueux. Tim Burton obtient une bourse d'études pour la California Institute of the Arts. La légende est en marche.


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Après trois années d'études, l'auteur d'Edward aux mains d'argent est recruté par Disney, surtout pour ses qualités de dessinateur. Alors en plein marasme économique, la firme américaine n'ose utiliser les dessins sombres et originaux que Tim Burton leur fournit pour Rox et Rouky et Taram et le chaudron magique. L'enfant de Burbank compte heureusement deux pontes du studio comme fervents admirateurs, Julie Hickson et Tom White. Un budget de 60 000 dollars lui est octroyé pour mettre en scène un premier court métrage d'animation. Aidé par trois collaborateurs, dont le fidèle Rick Heinrichs, décorateur de l'ensemble de ses longs métrages, Tim Burton réalise en deux mois Vincent (1981), l'histoire d'un petit garçon taciturne, épris des récits d'Edgar Allan Poe. Comble de bonheur pour l'apprenti cinéaste, Vincent Price, son héros de toujours, déclame la voix-off de son timbre caverneux. Malgré un succès public limité, le film obtient de nombreux prix, dont celui de la critique au Festival d'Annecy, et confère à son réalisateur un début de reconnaissance. Il persiste dans cette voie et, avec des moyens plus conséquents, met en scène une adaptation de Hansel et Gretel (1982). Il confronte le conte des frères Grimm à une esthétique d'inspiration asiatique. Le court métrage passe la nuit d'Halloween sur Disney Channel et renforce sa réputation de petit génie. Il tape à la porte du studio pour mettre en chantier une histoire d'Halloween qui deviendra plus tard L'Etrange Noël de Monsieur Jack. Les représentants de Mickey refusent mais lui confient un million de dollars pour Frankenweenie. La suite, vous la connaissez déjà: échec du film, départ de Disney, contraint et forcé, et rencontre salvatrice et miraculeuse avec Pee-Wee's Big Adventure.

Yannick Vély