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Billy Wilder
Billy Wilder a toujours été considéré comme le maître incontesté de
la comédie, en témoignent des films comme Sabrina, Sept ans de
réflexion, Certains l'aiment chaud, La Garçonnière et
ses ving-et-une nominations aux Oscars. Auteur, réalisateur, producteur, il nous
a laissé un sublime héritage de plus de soixante-dix oeuvres. Retour sur une
carrière d'exception.
VIENNES - BERLIN VIA HOLLYWOOD
Billy Wilder est né en Autriche sous le nom de Samuel Wilder, le 22
juin 1906, dans une famille d'origine juive. Ayant d'abord fait des études
de droit dans le but de devenir avocat, il se tourne vite vers le
journalisme et intègre l'équipe d'un journal viennois. Fort de cette
expérience, il déménage à Berlin où il est engagé dans le plus grand tabloïd
de la ville. C'est en 1929 qu'il fait ses débuts au cinéma en écrivant
les scénarios de Der Teufelsreporter et Les Hommes le dimanche. Il décide alors d'abandonner le
journalisme et de faire carrière en tant que scénariste. Il travaille sur de
nombreux films allemands, et en particulier le grand succès de 1931:
Emil and the Detectives. En 1933, quand Hitler prend le pouvoir en
Allemagne, il s'exile en France, où il co-réalise Mauvaise Graine
en 1933, puis part s'installer à Hollywood où il prend le prénom de
Billy (la version américaine de son surnom d'enfant "Billie" que lui avait
donné sa mère, fan de Buffalo Bill).
Après quelques temps d'adaptation à sa nouvelle vie et sa nouvelle
langue (il dira plus tard que son accent est un mélange entre celui d'
Arnold Schwarzenegger et celui de l'archevèque Tutu) et aux nouveaux
studios, il vend en 1937 à la Paramount l'histoire de Champagne Waltz
et entre ainsi par la grande porte dans le cinéma hollywoodien. L'année
suivante, on lui demande d'écrire en collaboration avec Charles
Brackett le scénario de La Huitième Femme de Barbe Bleue, réalisé par
Ernst Lubitsch. C'est le début d'une grande collaboration entre ces deux
co-scénaristes. Après avoir été nommé aux Oscars pour les scénarios de
Ninotchka (1939), La Porte d'or (1941), Boule de feu (1941), et devant le mécontentement que lui procurait la façon
dont ses scénarios étaient portés à l'écran, il décide de passer à la
réalisation. Ses deux premiers films Uniformes et jupons courts
(1942) et Les Cinq secrets du désert (1943) apparaissent comme des
comédies intelligentes et prometteuses. En 1944, il s'associe à Raymond
Chandler pour écrire et réaliser Assurance sur la mort, un film noir qui
lui vaut une double nomination comme meilleur réalisateur et meilleur
scénario. La consécration arrivera l'année suivante avec Le Poison, qui remporte quatre Oscars: meilleur film, meilleur réalisateur,
meilleur scénario et meilleur acteur pour Ray Milland. C'est alors qu'il
est envoyé à Berlin par l'armée américaine pour participer à la
reconstruction d'après-guerre.
THE BROADWAY MELODY
A son retour en 1948, il écrit et réalise La Scandaleuse de Berlin avec Marlene Dietrich dans le rôle titre. Le film dépeint Berlin en reconstruction de façon assez comique et lui rapporte une nomination à l'oscar du meilleur scénario. 1950 marque sa dernière
collaboration avec Charles Brackett pour Sunset Boulevard.
Remportant le prix du meilleur scénario et nommé comme meilleur
réalisateur, Billy Wilder signe ici une magnifique comédie noire qui remporte
un succès mitigé. Le public regrette son côté un peu trop
sombre. Le film suivant, Le Gouffre aux chimères qui marque le
début de sa carrière de producteur, connaitra le même sort malgré une nomination pour le meilleur scénario.
Piqué au vif par ces deux semi-échecs, sa devise étant "Il ne faut pas que les gens s'ennuient", il décide de se tourner vers des adaptations de pièces de théâtre à succès de Broadway. Il adapte d'abord en 1953 le drame anglais Stalag 17, puis en 1954 la comédie romantique Sabrina (qui lui rapporte ses deux nominations habituelles aux Oscars) avec pour premiers rôles Humphrey Bogart et Audrey Hepburn. Les deux films remportent un grand succès auprès du public, et c'est tout naturellement qu'en 1955 la Fox le choisit pour adapter et réaliser Sept ans de réflexion que Marilyn Monroe leur réclame. Wilder arrange
considérablement la pièce de base, et son don pour la direction d'acteurs
associé à la superbe prestation de Marilyn font le reste. Il parle de son
jeu comme d'"un impact charnel. Dès qu'elle apparaissait à l'image, il
ne manquait plus rien". Bien que ce ne soit qu'une comédie légère,
cette première rencontre entre le réalisateur et l'actrice marque un
tournant dans leur carrière quant à leur rapport avec public. La planète est
sous le charme de ce conte sexy dont l'apothéose est la scène mythique
de la robe de Marilyn virevoltant autour d'elle au dessus d'une bouche
de métro à l'angle de Lexington et de la 52ème.
UN ZESTE DE LEMMON
Fort de ces succès il se lance en 1957 le challenge de réaliser trois
films assez noirs, L'Odyssée de Charles Linbergh (avec James Stuart), Témoin à charge (avec Marlène Dietrich) et Ariane (avec Gary Cooper et Audrey Hepburn et co-écrit avec I.A.L Diamond). Deux ans plus tard, il retrouve Diamond et Marilyn sur
le tournage de Certains l'aiment chaud. Cette dernière, qui était au
départ rebutée par l'idée de jouer avec des "femmes bizarres"
(interprétées par Tony Curtis et Jack Lemmon) dans un film en noir et blanc, est
une fois de plus éblouissante sous l'objectif de Wilder, qui sait mieux
que personne la mettre en valeur (il faut voir la première scène de
Marilyn, où son déhanchement sur le quai de la gare est accueilli par un
long sifflement... de train). Le scénario est remarquable et remarqué signant ainsi le point de départ d'une collaboration sans faille entre Wilder et Diamond. La réalisation et les acteurs sont tout autant parfaits, et bien que le film ne soit que nommé aux oscars, il est considéré comme l'une des meilleures comédies de tous les temps.
En 1960, sa nouvelle comédie avec Jack Lemmon, La Garçonnière, remporte les Oscars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur
scénario, ce que Lemmon commente en disant "Je veux passer la fin de ma
vie à ne faire rien d'autre que jouer dans des films de Billy Wilder".
La même année, il collabore à l'écriture du scénario de L'Inconnu de Las Vegas (Ocean's Eleven) qui regroupe toutes les grandes stars masculines de l'époque: Franck Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford. L'année suivante, il retourne à Berlin pour réalisaer Un, deux, trois et en
1963, propose une adaptation de la pièce Irma la douce avec Jack
Lemmon et Shirley McLaine. En 1964, il signe le très cynique Embrasse moi, idiot avec Dean Martin et Kim Novak qui fait un énorme scandale. Il est conspué par la
critique et le tout Hollywood. Pour refaire son image, il réalise en 1966 une
autre comédie avec Jack Lemmon, La Grande combine, qui lui
rapporte une nouvelle nomination pour meilleur scénario. Mais ce film
marque la fin de sa grande époque.
Dans les années 70, Wilder s'est peu à peu retiré du devant de la scène
en réalisant des films mineurs comme La Vie privée de Sherlock
Holmes, Avanti!, Spéciale première ou Fedora et en
travaillant sur des adaptations de ses propres scénarios, la plupart du
temps pour la télévision. En 1981, il réalise son dernier film Buddy
Buddy, avec Jack Lemmon, qui est boudé par les critiques.
Après sa retraite, Billy Wilder s'est consacré à l'écriture de son
autobiographie (travaillant en étroite collaboration avec Cameron Crowe) et
à sa collection d'art moderne, tout en participant de temps à autre à
des reportages sur le cinéma. C'est à l'âge de quatre-ving-quinze ans que Billy Wilder
nous a quittés un mercredi de mars, refermant derrière lui une
des plus belles pages de l'histoire du cinéma.
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