| |
|
|

Johnny Depp
Juillet 2003: alors que les poissons bullent dans l’eau et que les prophètes batifolent dans la matrice, un pirate secoue le cupide paysage hollywoodien. A la proue du navire, l’ex-Roméo de 40 ans fait l’effet d’une révélation pour les observateurs les moins attentifs. De Burton à Jarmusch, de Kusturica à Polanski, le sillon du flibustier a pourtant drainé nombre trésors.
PRISON DOREE
Johnny Depp, il y a de ça quelques bonnes années, c’était avant tout un brushing aérien et un alliage gueule d’ange/biceps tatoué qui faisait rêver (pour rester correct) les jeunes donzelles avides de 21, Jump Street. Puis vinrent les deux pères sauveurs, Saint John Waters et Frère Tim Burton. Le premier l’engage pour jouer la moue boudeuse, parfois traversée d’une larme, dans Cry Baby, et lui sort un premier pied de sa sépulture télévisée. Le second deviendra l’un de ses comparses fétiches: Tim le rêveur et Johnny le renégat étaient nés pour s’emboîter. Avec Edward aux mains d’argent, Burton fait de l’acteur une figure de conte intemporelle, et lui ouvre le tapis rouge purpurin vers des univers plus proches des ombres que des lumières. La marque de lessive, hamburger ambulant qu’avait fait de lui 21, Jump Street laisse place à l’acteur, quitte à emprunter les chemins de traverse. Aux Etats-Unis, Depp reste un beau gosse de série télé qui s’encanaille avec quelques icônes floues d’un autre cinéma. Le comédien est alors peu reconnu et s’arme de ses griffes pour gravir les sommets. A travers des choix exigeants, la carte de visite se forge, se nourrissant souvent de l’homme pour faire naître l’acteur.
ME, MYSELF AND I
Les films se suivent et le personnage deppien se sculpte. Cliché romanesque transcendé par de douces circonstances (l’acteur est brillant et sait s’entourer), celui-ci s’abandonne souvent aux solitaires désabusés, amoureux impossibles, âme blessée dans un monde de brutes. Du mort vivant de Dead Man, élégie crépusculaire dans un décor de western mortifère, à la carcasse promise au trépas dans The Brave, maladresse touchante dont il a signé la mise en scène, il n’y a qu’un pas chassé. Du doux dingue cinéphile d’Ed Wood, second film avec son mentor Burton, déclaration d’amour au cinéma et personnage au prénom porte-bonheur, à l’explosé vadrouilleur de Las Vegas Parano, trip halluciné de Terry Gilliam, il n’y a que quelques entrechats. Les flamboyantes figures paternelles se succèdent (Landau dans Ed Wood, Mitchum dans Dead Man, Pacino dans Donnie Brasco, Brando dans The Brave) comme autant de chandeliers jalonnant le chemin du songeur lunaire. Les femmes, pour leur part, lui échappent ou le perdent; mère assassinée (Sleepy Hollow), amante diabolique (La Neuvième Porte), ou épouse absente (Meurtre en suspens). Depp marie les personnages contraires par quelques coutures communes, façonnant le tout en variant les déguisements: de l’hystéro-chauve au débit mitraillette de Las Vegas Parano à l’éthéré flottant de Dead Man, du poète aux ciseaux d’Edward aux mains d’argent à l’exalté d’Ed Wood, l’acteur se la joue caméléon.
LA CROISIERE S’AMUSE
Ces dernières années, les choix de Depp se sont révélés un peu moins aiguisés. Les glorieuses 90’s font place à un siècle où l’acteur cachetonne chez Hallström (Chocolat), ennuie chez Ted Demme (Blow) ou se fourvoie chez Schnabel (Avant la nuit). From Hell, belle coquille un peu vide, stigmatise cette petite paresse à travers un personnage qui fait mine d’enfant light des meilleurs morceaux interprétés par Johnny Depp auparavant. Le destin semble s’en mêler en le privant de retrouvailles avec Terry Gilliam pour un Don Quichotte noyé dans les casseroles. L’homme n’a pourtant pas changé, solitaire silencieux au point de faire part de son discours via un magnétophone, lors de la remise d’un César d’honneur en 1999. Dans ce contexte, la carrière des Pirates des Caraïbes joue des paradoxes: triomphe attendu mais inespéré dans sa proportion, starification de Depp alors que sa carrière ne date pas d’hier, blockbuster calibré et nouveau coup d’accélérateur personnel pour le comédien. Habitée et furieuse, son interprétation de flibustier fait beaucoup parler et lui vaut une nomination aux Oscars, la première pour cet éternel jeune homme longtemps snobbé par Hollywood. Il doublera la mise avec le trop sage Neverland, mais se rattrape dans le délirant Charlie et la chocolaterie composant avec génie un Willy Wonka qu'il a voulu fils de Howard Hugues et de Marilyn Manson. En attendant de retrouver une nouvelle fois Tim Burton pour Les Noces funèbres avec, en star, un Johnny Depp animé.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE:
2005 Les Noces funèbres de Tim Burton
2005 Charlie et la chocolaterie
2004 The Rum Diary
2004 The Libertine
2003 Fenêtre secrète
2003 Neverland
2003 Il était une fois au Mexique
2003 Les Pirates des Caraïbes
2001 From Hell
2001 Blow
2000 Chocolat
2000 Avant la nuit
2000 The Man Who Cried
2000 Sleepy Hollow
1999 Intrusion
1999 La Neuvième Porte
1998 Las Vegas Parano
1997 The Brave
1997 Donnie Brasco
1995 Meurtre en suspens
1995 Dead Man
1995 Don Juan de Marco
1994 Ed Wood
1993 Gilbert Grape
1993 Benny & Joon
1993 Arizona Dream
1990 Edward aux mains d’argent
1990 Cry-Baby
1986 Platoon
1986 Private Resort
1984 Les Griffes de la nuit
QUELQUES LIENS :
http://us.imdb.com/Name?Depp,%20Johnny http://www.johnnydeppfan.com/index.htm
|
|
|
|